J'ai une longue étape aujourd'hui. 75Km. Je pars tôt. Pas de pluie mais
le vent est défavorable. Un employé municipal remet sur la plage le sable que
le vent a emporté en ville. Faire et refaire... Son job est assuré jusqu'à la
retraite.
Je m'arrête pour laisser passer un mobile home qui traverse la route.
Le tracteur est immatriculé en Vendée. Une bonne occase achetée à l'Aiguillon
peut être.
Je m'engage sur la piste cyclable dans la forêt. Ça sent le pin, le
genêt et le mimosa. Sans le vent, ça serait parfait. Les pins passent, passent.
C'est un peu monotone.
J'ai froid, je rajoute une couche et je bois de l'eau
chaude. J'ai faim, je mange un grany puis deux puis trois. Je n'ai pas assez
déjeuné ce matin. Le premier resto est au moins à 30 Km. Avec ce vent, je
n'avance pas. J'appuie plus fort sur les pédales. C'est intéressant, je fais
environ 250 tours de pédalier au kilomètre. Mon périple sera d'environ 500.000
coups de pédales dont 250.000 à gauche. Quelque-chose pour agrémenter ma
journée? La pluie. Bon. Et de la chouette de pluie. Une qui s'installe, une qui
transperce, une qui mouille. Bon le resto dans 20 km. Je prends mon mal en
patience. Comme seule rupture à la monotonie du paysage, des jolies tas de
bois. L'hiver sera froid.
Plus que deux kilomètres avant le resto. À un
embranchement, j'hésite. Je ne sors pas ma carte il pleut trop fort. Je prends
une décision. Au bout de cinq kilomètres il est évident que c'était la mauvaise,
j'ai raté le resto. Je fais contre mauvaise fortune bon cœur j'ai de la
nourriture lyophilisée. Je n'ai plus qu'à trouver un abri et me faire à manger.
Un abri ? Il n'y en a pas ici. Je suis dans la forêt, les arbres n'arrêtent pas
la pluie. Il n'y a rien de construit. Ah si ! Un mur de rondins. je ne serai
pas à l'abri de la pluie mais au moins serai-je à l'abri du vent. Je n'aurais
pas dû attendre si longtemps. Pourquoi se rendre malade à attendre quelque
chose d'autrui quand on peut être autonome ? Bon. Pas autonome sur le parapluie
et le chauffage...
Plus que 20 kilomètres jusqu'à Maubuisson où je
pourrais boire un thé et manger une crêpe. Courage. Le vent ne faiblit pas par
contre la pluie augmente. Le bonheur. Arrivée à Maubuisson, c'est une ville
fantôme. Pas un café ouvert pas une épicerie. Rien.
Si une dame sort sa
voiture du garage. Je l'apostrophe. Elle me confirme, tout est fermé ici il
faut aller à Carcans ou à Lacanau. Lacanau j'y vais. J’y serai dans 20 km. Grr.
Ici trois solutions. Passer par le canal tout plat qui relie les deux lacs,
passer par la route ou prendre les dunes dans la forêt. Le canal est inondé, la
route me fait faire un détour de 3 km. Il me reste les dunes. Mauvais choix
j'aurais dû prendre la route la piste dans les dunes monte à 10 pourcent
redescend, remonte, je n'en peux plus. Au pied d'un panneau 10%, un tas de
cartouches. Bienvenue en Médoc.
Bon au moins la pluie se calme. Ah non :-( je
finis par arriver à Lacanau par une route départementale réservée aux vélos
s'il vous plaît! Le mimosa est en fleur.
Mon GPS me guide devant un hôtel
fermé. J’appelle le propriétaire de ma chambre d'hôte de ce soir qui ne répond
pas. Je demande mon chemin. Une fois, deux fois, trois fois, rappelle, tourne
en rond, désespère mais arrive à destination. Personne mais la chambre est
ouverte et chauffée. Ouf. 81 Km au compteur. Le propriétaire frappe à la porte.
Je grogne. Il m'offre l'apéro pour se faire pardonner, me parle de Sylvain
Tesson et de Barjavel. Un homme qui aime Tesson, le Loupiac et qui se tient
loin de son téléphone ne peut pas être un mauvais homme.









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