Il fait beau ce matin. Je me laisse inviter pour un café chez mon
hôte qui m'explique comment Bouygues immobilier et TF1 se sont mis d'accord il
y a quelques années, qui pour bétonner la côte, qui pour vanter les charmes de
Lacanau jusqu'à ce que tout soit vendu. Je prends un raccourci (un vrai cette
fois-ci) par le lac de Lacanau. C’est de l'eau douce j'ai goûté.
Sur le bord de la route, un forestier coupe des arbres. Ça va très vite. Sa machine saisit le tronc à la base, le tranche, accompagne la chute de l'arbre, ébranche et coupe en tronçons de 2 mètres le tronc. Ça ne prend pas plus de 2 minutes par arbre. Quel changement depuis 30 ans que je ne me suis pas intéressé à la question. Le bûcheronnage n'est plus de l'artisanat c'est de l'industrie. Après le bac j'avais ambitionné de passer un BTS de productions forestières. Vu mon dossier ça n'a pas été possible. Je me suis inscrit en fac de maths où j'ai découvert l'informatique avec le succès que l'on sait. Aurais-je fait un bon forestier? Probablement mais mes chefs m'auraient pas moins trouvé indiscipliné...
Il fait beau, j'ai chaud, j'enlève une couche. Quel changement depuis
hier. Ce serait le bonheur si quelque chose ne me préoccupait pas. En sautant
un trottoir l'autre jour à Royan j'ai pris un choc qui a déformé la jante
arrière. Ce matin en accrochant mes sacoches, je me suis rendu compte que
certains rayons étaient très détendus. En roulant mon arrière dandine. C’est du
plus mauvais effet. Ce n'est plus le grand bi c'est la grande folle. Je serre
les fesses à chaque fois qu'un cycliste me double (il y en a beaucoup
aujourd'hui qu'il fait beau) mais aucun ne dépasse le seuil de la bienséance.
Il n'y a pas à tortiller il faut que je fasse réparer. Je passe par de jolis
paysages comme ce canal qui me fait penser au Grand Nord un jour de beau temps.
À l'issue de mon raccourci je dois récupérer la voie verte sur une
ancienne voie ferrée. Moi qui ai un sens inné de l'orientation (bien des femmes
vous le diront), je me trompe et aboutis sur les chemins de St Jacques de
Compostelle impraticables à bicyclette. Demi-tour et 3 km pour rien, à peu près
la valeur de mon raccourci. Bien joué!
Sur le chemin certaines personnes réagissent en voyant mon vélo
chargé. Un petit tut tut d'encouragement ou au plus fort de la tempête un pouce
levé au-dessus du volant. Ce matin un monsieur ferme lentement le portail de
son pavillon avec piscine. Il me regarde avec un air d'envie. Il me fait penser
à cette histoire d'enfant que je lisais à ma fille quand elle était petite. Un
canard de ferme avait envie de suivre les canards sauvages qui migraient vers
le sud mais il était trop lourd pour s'envoler. De plus le fermier l'appelait
pour lui donner à manger. Je ne sais pas si je redeviendrai domestique un jour,
mais en attendant le canard sauvage c'est moi. D’ailleurs ma graisse fine sur
les boyaux a pas mal fondu. Quelques instants après, une publicité pour un
régime miracle. Je vais y mettre mon numéro de téléphone et proposer des
périples à bicyclette aux gens qui veulent maigrir.
À propos de maigrir c'est l'heure de manger. Dans le village que
je traverse, deux restaurants dont un fermé et l'autre qui me semble être un
boui-boui. Chat échaudé craint l'eau froide, je rentre. Il est tenu par Obélix
et Bonnemine. Je mange bien gras pour bien cher. Moins de 2 km plus loin ma
route passe devant des restaurants qui auraient été préférables. Grr. Le
premier vélociste que m'indique mon smartphone est fermé. Le second est le bon.
Il me change ma jante et mon pneumatique très vite et pour pas cher. Fin de mon
époque dandine.

Je me la pète avec mon pneu neuf à l'arrière.
J'ai retrouvé l'ancienne voie ferrée devenue piste cyclable. Ça
roule le feu de Dieu là-dessus. Je me prends pour un train que dis-je un TGV! Je
roule au moins à 20 kilomètres heure.

Comme il y a foule ce mercredi sur la piste cyclable, je salue pas
mal de gens. Je me rends compte qu'il y a un code. Quand on est un vrai, on dit
"bonjour" aux promeneurs mais on dit "salut" aux cyclistes.
J’ai droit à quelques "salut" de la part de cyclistes en tenue. Ça
doit être parce que depuis que mon père m'a appris hier la carte à la FFCT, ma
façon de pédaler a changé. J'arrive à Biganos, charmant port de mer. Mon hôtel
est juste en face de l'usine de pâte à papier de Facture. C’est pas pour la vue
que je l'ai choisi, c'est pour le bruit et l'odeur.
61 km tranquilles aujourd'hui, du matériel neuf et un record de
vitesse. C'est le bonheur.
Chouette, une journée sans pluie! Ah non,
pas en rentrant du resto. Bon.







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